
Présentation faite par Michel SEELIG
au nom du Cercle Jean-Macé de Metz, lors de la cérémonie de dénomination de la Médiathèque de Borny, le 26 mai 2009.
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Et pourtant, il faut évoquer ici Jean Macé le républicain, le tout jeune militant au moment de la Révolution de 1848, le polémiste obligé de quitter Paris sous le Second Empire, le sénateur inamovible de la III ème République.
Il conviendrait de parler du professeur, du pédagogue, précurseur des méthodes actives, de l’étude du milieu naturel, de l’éducation physique …
N’oublions pas le féministe qui, durant plus de trente ans, au « Petit Château » de Béblenheim enseigna aux jeunes filles. Il prit très tôt position pour le droit de vote féminin. Lorsque nous lisons certains de ses textes, le style est bien entendu celui de la fin du XIX ème siècle, mais quelle actualité sur le fond. Un exemple, lorsqu’il interpelle ainsi les hommes ses frères : « Quand nous parlons d’égalité, quand nous parlons de fraternité, avant de regarder plus loin, regardons à nos côtés sans sortir de la maison, voyons d’abord si tous nos principes y sont bien appliqués. Avant de dresser la liste des tyrans à exterminer, voyons, citoyens, si nous n’en sommes pas un peu nous-mêmes ».
Je n’évoquerai pas non plus longuement le rôle, là aussi de précurseur, de Jean Macé en Franc-Maçonnerie. Les Cahiers du Cercle publient à ce sujet un document fondamental, qui plus est pour une importante réunion qui se tint à Metz, le Congrès des Loges de l’Est en 1869.
Jean Macé fut un des grands acteurs du combat laïque de son temps, avec Jules Ferry ou Ferdinand Buisson, dans la lignée d’un Edgar Quinet qui, déjà en 1849, dans l’Enseignement du peuple, opposait l’instituteur et sa morale universelle au prêtre et à son dogme particulier ... Dès les années 1870, Macé plaide pour ce que l’on peut appeler une séparation de l’Église et de l’École … sans jamais mener un combat contre les religions elles-mêmes. Il déclare ainsi « le respect de la conscience de l’enfant est le premier devoir de l’éducateur. Ne sortons pas de notre rôle, en décriant ce que nous n’enseignons pas, en devenant des professeurs d’irréligion. »
Tous ces aspects de la personnalité de Jean Macé, et les actions qu’il a menées, se rejoignent dans un même objectif : la nécessité d’éduquer le citoyen de cette République qu’il chérit tant, de cette République qu’il a vu surgir de la révolte populaire en 1848, et qui sera balayée par le suffrage universel après le coup de force de Napoléon III le 2 décembre 1851, un suffrage universel, des électeurs, des citoyens qui se laissèrent abuser par les discours démagogiques …
Éduquer le citoyen ! Vaste programme ! Toute la vie de Jean Macé y est consacrée, en tant que praticien de l’enseignement, en tant que fondateur de la Ligue de l’Enseignement, mais aussi, comme nous le dirions aujourd’hui, en théoricien et utilisateur des médias de son époque. C'est-à-dire le journal, la revue, le livre.
Il fut initiateur et créateur de bibliothèques. On ne compte pas les articles qu’il a publiés dans une bonne partie de la presse de son temps. Il a écrit un nombre important de livres, la plupart à visée éducative en usant de tous les genres : le manuel imagé, le roman, le conte, la comédie …
Avec son ami Hetzel il dirige longtemps une revue que nous dirions aujourd’hui de vulgarisation scientifique : Le Magasin d’Éducation. C’est dans cette publication que paraîtra en feuilleton la plus grande partie des romans de son autre ami, Jules Verne.
Militant de l’éducation populaire, journaliste, écrivain, directeur de collection, éditeur, Jean Macé est bien, au XIX ème siècle, un homme de médias.
Il était ainsi tout à fait judicieux de donner aujourd’hui son nom à une médiathèque, et le choix de cette médiathèque de Metz Borny entièrement rénovée me semble particulièrement pertinent.
Cet événement pourrait ne paraître que symbolique. Nous sommes persuadés qu’il sera l’occasion de développer encore les activités d’éducation populaire dans ce quartier et dans toute l’agglomération, notamment par un partenariat à construire et à faire vivre avec les médiathèques.
C’est pourquoi, au nom du Cercle Jean Macé et de la Ligue de l’Enseignement fédération de la Moselle, que vous connaissez mieux sous le nom de Fédération des Œuvres Laïques, je me dois pour conclure de remercier Monsieur le Maire Dominique Gros, Monsieur Nzihou adjoint chargé des quartiers, Monsieur Fonte adjoint à la culture, et tout le Conseil municipal, d’avoir répondu favorablement à notre sollicitation, au-delà presque de nos attentes.
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