Vous les avez vus au Centre Pompidou-Metz ?
Ils sont issus de nos collections…
Evénement culturel incontournable de ce printemps 2010, l’ouverture du Centre Pompidou-Metz attire les foules. Et tous les visiteurs sont unanimes, l’exposition inaugurale « Chefs-d’œuvre ? » est une réussite du genre. Au gré des galeries, on peut y admirer quelques pièces issues des collections des Bibliothèques-Médiathèques de Metz. En voici les présentations :
> Les Très Riches Heures de Metz. Metz, vers 1300-1310 (Ms 1588)
Lettrine historiée du folio 83 |
En 1996, ce manuscrit de 258 feuillets sur vélin a pu être acquis par la Ville de Metz avec le soutien de l’Etat, de la Région Lorraine et du Département de la Moselle. Ce manuscrit exceptionnel est ainsi venu enrichir la collection des manuscrits médiévaux, et en est dorénavant l’un des plus beaux fleurons. Il appartient à la catégorie des psautiers-livres d'Heures, combinaison de ces deux ouvrages liturgiques et transition du premier vers le second. Il peut être daté des débuts du XIVe siècle, c'est-à-dire d'une période où, selon la belle expression de Victor Leroquais, le fruit va se détacher de l'arbre, le livre d'Heures parvenant à sa pleine maturité en se séparant définitivement du psautier qui l'avait porté. Les éléments principaux qui le composent sont les suivants : calendrier, folios 1-12 ; psautier, folios 14-181 ; livre d'Heures, folios 183-258.
Ces heures à l’usage de Metz ont été réalisées pour une femme actuellement non identifiée mais qui, sans aucun doute, faisait partie d’une des grandes lignées féodales possessionnées dans les limites du diocèse. Avec les motifs décoratifs se développant sur toutes les pages, l’artiste expose ici la gamme complète de son répertoire bien reconnaissable.
C'est le plus remarquable des nombreux manuscrits regroupés autour de la charte de Sainte-Glossinde de 1293 (conservée à Metz). Le peintre (qui demeure à ce jour inconnu) a pu commencer son activité dès 1276 avec le Thomas de Cantimpré (Paris, BnF, lat. 523A), sa carrière se prolongeant jusqu’en 1311 au moins, avec le pontifical de Strasbourg (Vienne, ÖNB Ms 1814). Le Psautier-livre d'Heures à l'usage de Metz apparaît comme un « monument » de l'enluminure gothique, par sa richesse en enluminures marginales, animalières notamment, pleine d'invention et de fraîcheur.
Quant à la reliure qui protège le manuscrit, elle peut être datée, selon toute vraisemblance, du XVIIe siècle ; son origine pourrait être italienne.
> Manuscrit des Confessions de Verlaine (Ms 1597), dit manuscrit Gimpel
Fac simile d'une gouache faite à Montpellier en 1848 et représentant Paul Verlaine âgé de 4 ans |
En 2004, la ville de Metz a acquis, avec l’aide de l’État et de la Région Lorraine, le « manuscrit Gimpel ». Divisé en 34 chapitres numérotés de I à XXXIV, celui-ci n’est autre que le manuscrit envoyé par Verlaine à son éditeur, la maison « Fin de siècle ». Il garde les traces des ouvriers qui l’ont utilisé pour composer le texte imprimé des Confessions : nom du typographe au crayon bleu, taches d’encre…
Dans les cinq premiers chapitres Paul Verlaine évoque son enfance : son origine messine, son séjour à Montpellier puis son retour à Metz.
Un bibliophile averti, Jules Le Petit (1845-1915), récupéra les feuillets épars de ce texte, qui risquaient de disparaître. Il les fit monter ensemble dans une reliure de qualité, et leur adjoignit six copies de dessins illustrant les Confessions. Il est alors acheté par René Gimpel (1897-1957), collectionneur et marchand de tableaux. Le manuscrit Gimpel correspond donc au texte achevé et définitif des Confessions. Il présente néanmoins quelques corrections, mais en faible nombre.
Le manuscrit est composé de 185 feuillets recto au format in-quarto, montés sur onglet. Chaque chapitre porte une pagination séparée et finit par la mention « (à suivre) » à laquelle s’ajoute la signature du poète. Il est écrit sur des feuillets d’origine diverse : les neuf premiers chapitres sur un papier ligné et à partir du chapitre XIX sur du papier administratif de l’Assistance publique.
La première partie de ces Confessions (chapitres I à XV) fut publiée en feuilletons dans le Fin de siècle de septembre à novembre 1894, puis l’ensemble en volume en juin 1895 sous le titre Confessions. Notes autobiographiques aux Publications du Fin de siècle. Verlaine fut payé 50 centimes par lignes de copie pour cet ouvrage.Le manuscrit est enrichi à la fin de six dessins, dont un de Verlaine et cinq de Frédéric-Auguste Cazals.
> Le Mortifiement de Vaine Plaisance : le cœur cloué sur la croix par les quatre vertus / Jean Colombe et Barthélémy d’Eyck (Ms 14 (vers 1300-1310)
Le Mortifiement de Vaine Plaisance, « la mortification du plaisir vain » : titre austère, qui s’accorde mal avec l’idée qu’on se fait du « bon roi René » (1409-1480). Une vie où les épreuves n’ont pas manqué et une dévotion profonde expliquent pourtant qu’il ait composé en 1455 cet âpre et saisissant traité de spiritualité entre le Livre des Tournois et le Livre du Cœur d’Amour Épris. Mais plus encore qu’un écrivain, René est un protecteur passionné des arts, au goût éclairé et sûr. Il veille avec soin à la réalisation des manuscrits somptueux qui conservent ses ouvrages et confie leur illustration aux peintres les plus doués et les plus novateurs de son temps. Le plus remarquable, le génial « Maître du Cœur », identifié aujourd’hui à Barthélémy d’Eyck, a inspiré les miniatures de plusieurs copies du Mortifiement, en particulier celles de l’admirable manuscrit de la collection Bodmer, qui ont sans doute été exécutées par Jean Colombe.
Les cinq enluminures, sur les sept contenues initialement dans le manuscrit, conservées par les Bibliothèques-Médiathèques de Metz proviennent du legs du baron Louis Numa de Salis, effectué en 1892.
La miniature présentée à l’exposition « Chefs-d’œuvre ? » représente l’allégorie du cœur corrompu qui doit être « lavé » de ses pêchés. À cette fin, le cœur est cloué sur la croix par les vertus théologales Souverain amour, Vraie espérance et Ferme foi, chaque clou enfoncé ayant anéanti un vice. Grâce divine, revêtue de ses habits impériaux, le transperce d’une lance.
> Carte de Lorraine / Martin Waldseemuller (16e siècle)
Cartographe allemand de la Renaissance, Martin Waldseemuller intègre dans la dernière partie de sa vie le Gymnase Vosgien, cénacle d’humanistes réunis à Saint-Dié où fleurit une école cartographique sous la protection du duc de Lorraine. En effet, la représentation de la Lorraine répond sous l’Ancien Régime à diverses préoccupations : la glorification de la maison ducale, l’affirmation de l’indépendance lorraine, la couverture par des atlas de façon encyclopédique d’ensembles plus vastes (France, Europe, monde), ou encore plus prosaïquement, la description, dans un but pratique, de la mosaïque territoriale.
Imprimée en 1513 et rééditée en 1520 dans le Ptolemaeus auctus restitutus emaculatus cum tabulis veteribus ac novis, cette carte est la première connue de Lorraine. Elle semble avoir été dressée à la demande du duc de Lorraine René II, mort en décembre 1508. Orientée au sud et suivant les principes de la projection de Ptolémée, elle ne représente que les accidents géographiques, tout en situant les localités. Les données politiques sont pourtant présentes au travers des écus des territoires cartographiés, qui ornent les marges. Il s’agirait également de la première carte à avoir été imprimée en couleurs à la planche.
Acquis en juillet 1964, l’exemplaire conservé par les Bibliothèques-Médiathèques de Metz provient de la librairie parisienne Loeb-Larocque. Il s’agit de la réédition de 1520, comme l’atteste le frontispice.
C’est également à ce même géographe que l’on doit la première représentation cartographique du Nouveau Monde, qu’il a d’ailleurs baptisé « Amérique », en hommage au navigateur et explorateur florentin Amerigo Vespucci.
LES GRAVURES DE JACQUES CALLOT
N’ayons pas peur des mots, les Bibliothèques-Médiathèques de Metz possèdent aujourd’hui l’une des plus belles collections de l’œuvre gravé de Jacques Callot. En effet, grâce au legs du baron Louis Numa de Salis, ce sont plus de 3200 pièces du grand graveur lorrain qui entrent dans les fonds patrimoniaux de l’établissement messin. Or, si l’on en croit le catalogue raisonné du maître établi par Lieure ou par Meaume, la totalité de sa production d’élèverait à 1428 pièces… Ainsi, il existe plusieurs épreuves et états d’une même gravure dans ce fonds. En outre, la collection du baron de Salis provient en grande partie de celle de Robert-Dumesnil, réputée pour l’exceptionnelle qualité de ses épreuves.
À ce prestigieux ensemble s’ajoutent, en 1905, un don de Victor Jacob de 146 pièces ; en 1985, la dation de Marius Mutelet avec entre autres, le manuscrit original des Images de tous les Saints et La Pompe funèbre de Charles III, illustrée par Callot ; en 1991, un don d’Yvonne et André Mutelet qui comporte une centaine de cuivres gravés d’après Callot ; puis, enfin, une acquisition en 1997 de 304 gravures provenant essentiellement de la collection Robert-Dumesnil.
> Les Gueux / Jacques Callot
En 1622, après un long séjour en Italie, Callot rentre à Nancy, où il grave Les Gueux. Cette série fort connue de 25 planches (dont la planche de titre), de 14 x 9 cm environ, représentant des mendiants d'Italie dans des attitudes diverses, démontre pleinement les vertus de la « taille unique ».
Les Gueux : frontispice |
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Le mendiant aux béquilles coiffé d'un bonnet
Lieure, 482 |
Le mendiant aux béquilles, coiffé d'un chapeau et vu de dos Lieure, 483 |
Le mendiant au couvot |
Le mendiant aux béquilles et à la besace Lieure, 488 |
Le malingreux |
Le mendiant à la jambe de bois |
> Les Gobbi / Jacques Callot
Suite de vingt et une pièces gravées à Nancy sur des dessins faits à Florence en 1616, et dont les fonds sont toujours blancs. Elle représente les difformités du corps humain sous divers types dont plusieurs sont évidemment impossibles. Les planches conservées passèrent successivement entre les mains de Silvestre, qui mit son nom au titre, et de Fagnani qui fit ajouter des numéros aux autres pièces.
Pièce de titre Lieure, 279 |
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L'estropié au capuchon |
Le bossu à la canne |
L'estropié à la béquille et à la jambe de bois Lieure, 410 |
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L'homme au gros ventre orné d'une rangée de boutons Lieure, 415 |
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Cette suite, composée de dix-huit pièces est connue pour être l'une des plus belles du maître graveur lorrain. Éditée en 1633, le titre exact en est (d'après la planche de titre) : Les Misères et les Malheurs de la guerre, mais on appelle fréquemment cette série Les Grandes Misères... pour la différencier de la série Les Petites Misères de la guerre. Cette suite représente, plus complètement que dans Les Petites Misères, les malheurs occasionnés par la guerre. Plus particulièrement, Callot y évoque la Guerre de Trente ans qui ravageait alors l’Europe depuis quinze ans déjà. Cependant, même si Callot a certainement été heureux de publier en 1633 une pareille critique de l'invasion de son pays, son propos initial était semble-t-il de décrire la « dure vie du pauvre soldat ». Ce choix thématique correspond également au goût ambiant pour le picaresque, comme en attestent de nombreux écrits de l’époque.
On connaît de cette série trois états différents.
Cette suite a été copiée.
Pièce de titre Lieure, 1339 |
La bataille Lieure, 1341 |
Le pillage d'une ferme Lieure, 1343 |
Dévastation d'un monastère Lieure, 1344 |
Pillage et incendie d'un village Lieure, 1345 |
L'estrapade Lieure, 1348 |
La pendaison Lieure, 1349 |
L'arquebusade Lieure, 1350 |
Le bûcher Lieure, 1351 |
La roue Lieure, 1352 |
L'hôpital Lieure, 1353 |
La revanche des paysans Lieure, 1355 |
> La Tentation de Saint-Antoine / Jacques Callot
2ème version. Lieure, 14/6
Ce fut aux portes du tombeau que Jacques Callot exécuta une seconde version de la Tentation de saint Antoine, poème burlesque et grandiose, digne de l'Arioste et de Dante. Il l’a dédie à Louis Phélypeaux, seigneur de La Vrillière.
Dans cette eau-forte de 46 x 36 cm environ, Callot traite ce sujet avec plus de maturité. La première version avait été faite à Florence, en 1617, à une époque contemporaine de la guerre d'amour et des Batailles des Médicis, et était donc une œuvre de jeunesse. Elle est peuplée d'une quantité prodigieuse de démons qui ont emprunté les formes les plus hideuses, les attitudes les plus variées, pour tourmenter saint Antoine retiré dans le désert. Ces figures diaboliques paraissent avoir été vomies par l'esprit malin, enchaîné au haut de l'estampe, et qui en vomit encore. A droite, vers le bas, on voit saint Antoine entouré d'une légion infernale qui cherche à l'entraîner vers une partie de la composition où de nouveaux tourments attendent le saint ermite. Dans le reste de la composition, on aperçoit une foule de figures diaboliques. Dans la marge ornée, au milieu, des armoiries du dédicataire, est une dédicace en latin, adressé par l'artiste à M. Louis Phelipeaux de la Vrillère, et suivie de dix vers latins en deux colonnes égales. On lit au bas de la planche, à droite et à gauche des armoiries : Cum privil. Reg. Israel excu 1635.
Il paraît du reste que Callot s'est souvent essayé sur ce sujet. C'est du moins ce qu'on peut déduire du catalogue de M. Paignon-Dijonval.
Cette pièce est un des chefs d'œuvre du maître ; elle a été copiée et imitée plusieurs fois.
> Le Prince de Phalsbourg / Jacques Callot
Lieure, 505 ; Louis de Lorraine prince de Phalsbourg.
En 1624, Ferdinand II de Habsbourg élève le marquisat de Phalsbourg en principauté pour Louis de Lorraine, le favori du duc régnant Henri II. Callot grave à cette occasion un rare et beau portrait équestre du nouveau prince. Celui-ci est représenté à cheval, dirigé à gauche où il regarde tenant en main le bâton de commandement. Le fond représente une bataille.
L’un des dessins originaux de ce morceau se trouve dans la collection de Robert Dumesnil, acquis par la suite par les Bibliothèques-Médiathèques de Metz. Les premières épreuves de la gravure sont tirées sur un papier de fabrication lorraine (double C lion couronné etc). L'eau-forte ayant imparfaitement mordu, il est difficile de trouver des épreuves satisfaisantes.
Largeur : 339 mm. Hauteur : 286 mm. dont 39 de marge.
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> Le Siège de Breda / Jacques Callot
Lieure, 593
Il s’agit d’une série, réalisée selon la commande passée en 1625 par l'infante Isabelle, fille du roi d'Espagne Philippe II, de 6 planches destinées à être assemblées, de 54 ou 65 cm (selon les planches) x 48 cm environ.
Le siège de Bréda a eu lieu pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans sous le règne de Philippe IV d'Espagne. Le siège débuta le 27 août 1624 et dura plus de 9 mois, la ville ne se rendant que le 5 juin 1625. Callot use de la perspective plongeante pour situer sur le terrain l’ensemble des hauts faits qui ont marqué la bataille.
Dimension totale, y compris la bordure : Largeur : 1m. 402 mm. Hauteur : 1m 200 mm.
On connaît trois états distincts de la composition gravée.
> Le Siège de La Rochelle / Jacques Callot
Lieure, 655, 660 et 661
Grâce à l’édit d’Henri IV, La Rochelle est devenue un haut lieu de la religion réformée en France. Ce port, dernière place de sûreté des Huguenots, reçoit de mer l’aide des Anglais, prompts à intervenir lorsqu’il s’agit de mettre en péril le pouvoir de leur grand rival. La principale crainte de Richelieu est que cette place forte devienne une sorte de bastion d’où les protestants, aidés financièrement par l’Angleterre, pourraient s’emparer de l’ensemble du territoire. Sa décision est donc prise : il faut prendre sans tarder la Rochelle. Son siège, ordonné par Louis XIII et commandé par Richelieu, commence le 10 septembre 1627 et se termine par la capitulation de la cité, le 28 octobre 1628.
Cette grande œuvre a fait l'objet d’une commande de la Cour de France.
Dimension totale, sans la bordure : Largeur : 1m 340 mm. Hauteur : 1 m 113 mm.
Elles se composent de dix morceaux, trois en haut, trois en bas, deux à droite, et deux à gauche. Les six feuilles sur lesquelles est gravée la composition principale de cette estampe peuvent s'assembler au moyen des lettres qui se trouvent au haut de chaque planche.
> Le Siège de l’Île de Ré / Jacques Callot
Siège du fort de Saint-Martin dans l'ile de Ré.
Lieure, 654 à 659
C’est Louis XIII qui commande à Callot une gravure représentant le siège de Saint-Martin-de-Ré. Elle se compose de dix morceaux : trois en haut, trois en bas, deux à droite et deux à gauche. Les six feuilles sur lesquelles est gravée la composition principale de cette estampe, s'assemblent au moyen des lettres qui se trouvent au haut de chaque planche. La première planche supérieure, à gauche, porte la lettre A, la seconde BC, la troisième D, la quatrième E, la cinquième FG, la sixième H. à l'angle droit de la dernière planche on lit sur l'eau : Jac Callot fe. (*).
Dimension totale, sans la bordure : Largeur : 1 m 335 mm. Hauteur : 1 m 140 mm.