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Gravissime......

Le livre illustré

au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, on peut constater que la grande majorité des livres français, quand ils sont illustrés, n'ont pas d'autres illustrations que celles de la page de titre et de la page en regard, autrement dit le frontispice. A cette époque, elles sont dans la plupart des cas gravées en taille-douce : essentiellement au burin jusqu'en 1630, puis à l'eau-forte par la suite. En effet, dès les dernières années du XVIe siècle, on cesse à peu près complètement, sauf pour les livres de colportage, d’avoir recours à la gravure sur bois. Ce règne quasi sans partage de la taille-douce durera près de deux siècles. Cette nouvelle technique, qui permettait un meilleur rendu des jeux d’ombre et de lumière, se généralisa rapidement pour l’exécution des figures principales. La taille d’épargne ne lui survit que dans la réalisation des ornements qui structurent le texte : on l’utilise encore pour les bandeaux, culs de lampe et autres lettrines, dont l’impression est rendue plus aisée par un passage unique sous la presse typographique.

 

Agenda metensis

Metz : Abraham. Faber, 1604

 

 

 

 

 

 

 

 

En effet, les techniques en taille-douce ont le désavantage de nécessiter deus types de presse : l’une dite typographique pour le texte et les bois gravés, et l’autre dite en taille-douce pour les procédés en creux. Ce recours à deux passages sous des presses différentes rendant ardu l’imposition et le positionnement exact des illustrations, l’iconographie en vint à sortir du livre pour n’occuper que des pages entières, les hors texte. Il en résulta une diminution très nette du nombre d’ouvrages illustrés ainsi qu’une raréfaction de la place de l’image dans le livre. Aussi, paradoxe des avancées technologiques, cette évolution technique de l’image favorisa l’expansion considérable de livres à l’illustration limitée : la plupart ne comportera plus qu’un frontispice, une page de titre décorée et quelques ornements.

Malgré cette relative austérité de mise en page, on peut tout de même remarquer une certaine variété dans ces titres illustrés, des plus simples, ceux dont le texte typographié a reçu l'impression en taille-douce, soit d'un petit portrait, soit d'un fleuron comme en réalisait Sébastien Le Clerc, soit d'un cartouche contenant une scène de l'ouvrage, aux plus élaborés, couverts d'ornementations. Le pari du graveur est de condenser en une page les principales idées de l’ouvrage. Dans un encadrement qui se veut lui-même allusif, il élabore des compositions souvent surchargées, toujours symétriques et tellement codifiées que la réception et la compréhension par le public contemporain en demeurent souvent incertaines.

 

La pyrotechnie

Pont-à-Mousson : Gaspard, 1630

 

 

 

 

 

 

Au XVIIe siècle, en effet, l’illustration est principalement allégorique et morale. Il ne s’agit plus seulement de décorer, mais de recourir au symbole pour démontrer et convaincre. Image et texte deviennent concurrents dans un même espace de communication. L’image apparaît comme un langage universel qui transcende les autres medias. Elle aura d’ailleurs son dictionnaire dès 1603 : l’Iconologia de Cesare Ripa, qui permet de traduire toute abstraction par une figure codifiée, un emblème.

Quand le frontispice n’est pas pur sommaire synoptique, les libraires y glissent un portrait : celui de l’auteur de l’ouvrage ou du dédicataire. Le portrait devient un genre noble, et il fera la renommée de quelques graveurs de ce siècle : Claude Mellan ou Robert Nanteuil, pour ne citer qu’eux.

Tous deux burinistes virtuoses, leurs prouesses n’empêcheront nullement à l’eau-forte de s’imposer, à partir du Combat à la barrière de Jacques Callot (1627).

 

Combat à la barrière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce dernier forme de nombreux élèves dans son sillage, notamment un autre graveur lorrain, Sébastien Le Clerc. Et cette évolution marque bien autre chose qu’un simple changement de technique : si celle-ci s’impose de manière si franche, c’est sans doute parce qu’elle permet une grande fluidité dans les tracés et de subtiles nuances dans les tonalités. Les compositions n’en deviennent alors que plus vivantes, et les reproductions plus fidèles. Aussi, l’estampe va-t-elle jouer un rôle de plus en plus important pour la diffusion des images, d’autant que son commerce se développe d’année en année, élargissant l’horizon des hommes de ce temps.

Moyen de reproduction et de diffusion, l’estampe a connu une grande vogue au XVIIe siècle. Désormais, on collectionne de plus en plus les recueils d’estampes. Et les gens de la bourgeoisie, pas assez fortunés pour s’offrir des tableaux de maîtres, orneront les murs de leur demeure de gravures reproduisant les principales œuvres à la mode du temps. Aussi, l’ estampe va-t-elle jouer un rôle essentiel pour la diffusion des œuvres d’art ; tant et si bien que progressivement, les grands noms de la peinture s’appliquent à constituer autour d’eux des ateliers de gravure chargés de reproduire leurs œuvres.

Outre le plaisir esthétique, la gravure offre un indéniable intérêt documentaire. Ainsi, pour conserver le souvenir d’un événement exceptionnel, d’une personne illustre, on fera désormais plus volontiers appel au graveur qu’au peintre, parce que l’on sait que son œuvre sera tirée à de nombreux exemplaires et donc largement diffusée.

Conscient de ce potentiel, le pouvoir public s’empare de l’estampe et, dès 1660, la gravure sera abondamment consacrée à glorifier le souverain. C’est l’épanouissement du style Louis XIV, les commandes officielles sont exécutées dans des ateliers royaux, notamment celui des Gobelins ; la fantaisie s’estompe et les arts se plient aux goûts du monarque.

C’est aussi à cette époque qu’il faut faire remonter la naissance du Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale. En effet, en 1654, le garde de la Bibliothèque du Roi (telle était alors sa dénomination), Jacques Dupuy, eut l’idée de constituer un fonds d’estampes en sus de celui des livres. Ce fonds s’accroissait lentement, lorsque Colbert lui donna une impulsion décisive par l’acquisition en 1667 des 123.000 pièces de la collection de Michel de Marolles. Le « Cabinet des estampes et des planches gravées » était né… car, comme son nom l’indique, on y conservait tant les estampes que les cuivres gravés. 

Sur un plan artistique, à partir de 1665, l’histoire de la gravure française connaît un nouveau tournant. Sébastien Le Clerc, récemment arrivé à Paris, se voit appeler par Le Brun à travailler pour Louis XIV, alors que l’atelier des Gobelins – créé par Colbert pour les besoins du Roi – est en pleine effervescence. Et dès 1670, sans cesser de poursuivre son œuvre de graveur d’estampe, Le Clerc a pris comme vignettiste une place que personne ne peut lui disputer et qu’il conservera jusqu’à sa mort. Pas une année ne se passe sans qu’il n’invente et ne grave des compositions de toutes sortes, et parfois même des ouvrages dont il est l’auteur. Une de ses principales contributions réside dans la publication de ses Principes de géométrie, édités pour la première fois en 1669, et réédités dès 1682.

 

Sébastien LE CLERC

Pratique de la Géometrie sur le papier et sur le terrain.

Paris : J. Jombert, 1682

 

 

 

 

 

 

 

Ce temps que l’on qualifiera de « Grand siècle » nous évoque aujourd’hui les splendeurs de Versailles, la rigueur et la clarté du classicisme français… En revanche, du point de vue de l’art du livre, le XVIIe siècle paraît bien austère en comparaison des avancées esthétiques de la Renaissance. Ainsi, Claude Mellan, fortement influencé par les courants picturaux de son temps, développe un goût affirmé pour la gravure claire et la taille simple. Par la suite, son style sera perçu par certains comme trop factice. Cependant, aujourd’hui encore, on ne peut qu’admirer sa Sainte Face (1649), célèbre tour de force réalisé en une taille unique.

 

Sainte Face

Claude Mellan, 1649

 

 

 

 

 

 

 

 

En fait, la nouveauté la plus remarquable en matière de mise en page tient à l’aération progressive du texte : détaché depuis un siècle de la forme véhiculée par les manuscrits, le livre achève de fixer sa structure moderne. Cette nouvelle disposition physique du texte participe à son articulation logique : on introduit en effet, à cette époque, les notions d’alinéas et de paragraphes. Le pionnier dans ce domaine sera sans conteste René Descartes : il insistera pour que les imprimeurs respectent l’organisation physique de son texte.

Quoiqu’il en soit, les succès rencontrés par l’estampe à cette époque ont encouragé les recherches d’amélioration technique. Le XVIIe siècle a ainsi été témoin d’un certain perfectionnement des procédés déjà connus. Les tailles du burin s’affinent, se prêtant particulièrement bien aux gravures de reproduction. Cependant, la spontanéité et la fantaisie ont pu s’épanouir et s’exprimer pleinement grâce à la technique de l’eau-forte, plus souple que celle du burin. L’utilisation par Jacques Callot du vernis dur, utilisé par les luthiers italiens, a été décisive, en apportant aux tailles finesse et ampleur. Enfin, c’est à cette époque que Siegen (v.1609-v.1680) met au point la manière noire, procédé qui ne s’épanouira qu’au siècle suivant.

 

 

Alphonse de RAMBERVILLERS
Thomas de LEU

Les dévots élancemens du poête chrestien présentés à très-chrestien, très auguste, & très-victorieux monarque Henri IIII, Roy de France et de Navarre

Pont-à-Mousson : Par Melchior Bernard, 1603

in-octavo de 295 p. Titre frontispice et XXI planches gravées sur cuivre

Dation Mutelet; ex-libris de Marius Mutelet (étiquette imprimée); ex-libris manuscrit biffé

Fonds ancien et précieux : Res MUT 3163

 

 

Cet ouvrage fait partie de la longue série d’écrits dédiés à la diffusion de la bonne morale chrétienne. En cette période de disettes, d’épidémies, de pénuries, de conflits religieux et militaires, la religion catholique fait un retour en force et s’impose à grands renforts de communication. Chacun cherche à se protéger, et à préserver les siens des grands maux du siècle. Dans ce contexte, l’écrit s’impose comme un vecteur privilégié pour rappeler à tout un chacun la conduite à tenir. En outre, le développement du colportage accentue ce phénomène : les colporteurs se déplaçaient dans les campagnes, faisant circuler les livres à travers toutes les couches de la population. De ce fait, même les gens qui ne savaient pas lire étaient imprégnés de l’imprimé.

Dans ce recueil, le texte en prose récapitule les diverses démarches spirituelles que doit adopter tout bon chrétien. N’étant pas le fait d’un homme d’église, sa portée en est d’autant plus accessible. Et cette accessibilité est renforcée par la présence d’illustrations. Elles sont l’œuvre de Thomas de Leu, l’un des meilleurs graveurs en taille-douce de son temps, et qui sera essentiellement connu pour son grand art du portrait - il en aurait gravé près de 200.

C’est en effet au XVIIe siècle que se généralise la gravure en taille-douce. Elle se réalise généralement sur une plaque de cuivre et permet un rendu plus fin et plus délié que la xylographie. Ici, le graveur représente les postures quotidiennes du chrétien avec toujours le même artifice : en premier plan, un quidam apparaît agenouillé en signe de repentance ; en arrière-plan est figurée une scène allégorique en référence à un passage biblique.

Il faut reconnaître qu’au début du XVIIe siècle, les esprits sont encore très marqués par le Concile de Trente et la Contre-Réforme, et la littérature religieuse prend de ce fait un essor particulier. Des publications à caractère religieux de toutes sortes voient le jour. Ainsi, L’introduction à la vie dévote de Saint François de Sales fait-elle l’objet d’une quarantaine d’éditions au cours du siècle et devient-elle un véritable best-seller.

C’est dans cette lignée qu’il faut insérer l’ouvrage d’Alphonse de Rambervillers, qui cherche à « effleurer le lecteur aux choses célestes », ainsi qu’il le précise dans son introduction.

 

 

Abraham FABERT
Alexandre VALLEE

Voyage du Roy à Metz, l'occasion d'iceluy. Ensemble les signes de resiouyssance faits par ses habitans, pour honorer l'entrée de Sa Majesté.

[Metz] : [Abraham Fabert], 1610

In-quarto

Ex-libris de Roger Clément (gravé) ; Ex-libris de la bibliothèque de S. Ange

Reliure en veau brun, armes dorées de S. Ange aux plats

Fonds ancien et précieux : RES IN-4 022

 

Les livres de fêtes sont une catégorie à part dans la production éditoriale. Conçus comme de véritables reportages à l’occasion de la venue d’une personne de haut rang, ils se placent au carrefour de très nombreuses disciplines. Ils représentent en effet des sources du plus grand intérêt pour l’historien de la politique, des arts du spectacle, ou même de la littérature. En matière d’architecture, ces ouvrages fournissent également de précieux renseignements : ils retranscrivent minutieusement les arcs de triomphe et autres édifices construits pour l’occasion. En outre, l’importance accordée à ce type d’événements se retrouve dans le choix de l’artiste à qui l’on confie le précieux travail. De ce fait, ces ouvrages jouent également un rôle important pour l’histoire du livre et de la gravure.

Outre son intérêt évident pour l’histoire politique de la Lorraine, ce livre de fêtes, relatant l’entrée d’Henri IV à Metz en mars 1603, ne déroge pas à la règle et représente un grand intérêt pour l’histoire pour l’histoire de l’illustration, et plus précisément de la gravure. Orné de trois planches dépliantes et de quinze planches simples, le soin accordé aux gravures accentue d’autant le faste de la fête. On y trouve, entre autres, un « Portrait de la Ville et Cité de Metz » qui offre une description minutieuse de la ville enclose dans ses remparts, ainsi qu’une carte plus générale sur le pays messin.

Dans le relevé minutieux du paysage, on voit l’intérêt accru porté à la topographie. Ces planches ont d’ailleurs longtemps servi de référence et offrent une image assez précise et datée du pays messin. On remarquera l’orientation cardinale choisie, qui place le nord à la droite de la carte, contrairement à nos représentations contemporaines… ce qui explique la gymnastique à opérer de nos jours pour retrouver ses repères !

 

 

Jean APPIER dit HANZELET
François THYBOUREL

Recueil de plusieurs machines militaires et feux artificiels Livre cinquièsme.

Pont-à-Mousson : Par Charles Marchant, 1620

In-octavo de [1-1bl-2]-40 p.

Reliure en basane marbré à 5 nerfs, et pages de garde en papier à la colle

Fonds anciens et précieux : RES M 408

 

Natif de Haraucourt, Jean Appier reçut rapidement le surnom de Hanzelet, diminutif de Hans et synonyme de petit Jean, qui lui fut donné pour lever l’homonymie entre son père et lui. Leur nom ne fut d’ailleurs pas leur seul trait d’union. En effet, ingénieur du duc de Lorraine Charles III, son père l’initia très tôt aux joies des mathématiques et de la pyrotechnie.

A cette époque, l’université de Pont-à-Mousson rayonnait sur toute l’Europe, et Hanzelet y tiendra le rôle d’imprimeur de 1623 à 1628. Mais avant cela, il y a fait reconnaître ses talents de graveur. Son rôle dans la multiplication et la diffusion de l’image en Lorraine n’est pas à négliger en ce début XVIIe siècle. Cependant, Hanzelet impose un style différent des graveurs formés à l’art de l’orfèvrerie comme Pierre Woeiriot. Il propose une illustration plus abordable pour le grand public, et peut-être parfois moins raffinée que ses condisciples.

Son Recueil de plusieurs machines militaires connaît un grand succès en Lorraine. Alphonse de Rambervillers en recommande même la lecture à l’un de ses amis. Divisé en cinq livres, il propose des moyens d’attaque et de défense fort imaginatifs et s’achève sur une note plus festive : la confection de feux de joie.

Composé de 101 vignettes numérotées, cet ouvrage témoigne des divers talents de Hanzelet. Mais en plus de ses prédispositions scientifiques, il fut également graveur hors pair, comme en témoigne le soin accordé à l’illustration de son ouvrage. Rien n’y est laissé au hasard : ni les informations techniques – il fut artilleur du duc de Lorraine, ni l’imposition des images entre les blocs de texte, ni les arrière-plans toujours très léchés.

 

Jean APPIER dit HANZELET

La Pyrotechnie de Hanzelet Lorrain

Pont-à Mousson : J. V. Gasp. Bernard, 1630

In-quarto de [4] feuillets (dont titre frontispice) et 264 p.

Ex-libris manuscrit de Joanna Baptista Dumont ; don de Monsieur le Baron de Salis

Fonds ancien et précieux : RES OO 313

 

 

 

 

Touche à tout, comme on lui à reproché en son temps, Hanzelet devient maître des « feux artificiels » dès 1626. De cette expérience, il tire ce livre curieux dès la page de titre : le titre frontispice qui en marque l’entrée est une véritable invitation à entrer dans un monde fantasmagorique. Canon et feux y explosent, laissant apparaître le titre dans une boule de feu…

Hanzelet nous livre ici ses recettes de « machines et artifices de feux pour la guerre et la récréation ». Là encore, les gravures qu’il réalise pour l’occasion témoignent d’un esprit fort inventif, mais aussi très minutieux. On y trouve tant des éléments graphiques très techniques, proches du schéma que d’autres semblables à des vignettes illustratives très fantaisistes. Néanmoins, on y retrouve beaucoup de gravures déjà publiées dans ses ouvrages antérieurs, notamment dans son Recueil de plusieurs machines militaires, sans doute afin de rentabiliser son travail de graveur. Quant à la mise en page, elle fait montre d’une grande maîtrise et d’une certaine modernité en alternant textes et images sur une même page.

 

 

Jean BRIOYS
Sébastien LE CLERC

Nouvelle manière de fortification. Composée pour la noblesse françoise. Exposee en forme d'elemens et dédiée à Monseigneur de Choisy.

Metz : P. Collignon, 1666

In-quarto de [9]-68 p.et 23 planches gravées

Titre frontispice gravé sur métal

Fonds anciens et précieux : RES GG 107

 

 

 

Le XVIIe siècle est une époque de militarisation de l’espace lorrain, avec la construction de nouvelles forteresses à Metz, Toul, Verdun, Thionville… Cette question est d’autant plus sensible en Lorraine que la région souffre d’une dualité parfois difficile à assumer : elle est composée d’un duché autonome au Sud, mais les Trois évêchés demeurent rattachés à l’Etat. En ce sens, pour reprendre les mots de Vauban : « les forteresses défendent les provinces, Metz défend l’état ».

A la fois maître de mathématiques et ingénieur, Jean Brioys développe un type de fortification désormais classique : le système de fortification bastionnée, où la tour disparaît au profit du bastion de forme pentagonale. En ce sens, il peut être vu comme un continuateur de l’œuvre de Jean Errard.

Pour illustrer son propos, Brioys fait appel à l’un des plus grands graveurs de son temps : Sébastien Le Clerc. Dans un style très rigoureux, sans pour autant délaisser l’aspect esthétique, l’ouvrage réserve la « belle page » pour ses compositions gravées, sur lesquelles se déploient les figures géométriques qu’il maîtrise à la perfection.

 

 

 

Sébastien LE CLERC

Discours touchant le point de veue, dans lequel il est prouvé que les choses qu’on voit distinctement, ne sont veues que d’un oeil

Paris : Thomas Jolly, 1679

In-12 de (XII)-86 p.

Ancienne reliure maroquin vert, fleur, tranches dorées

Fonds anciens et précieux : RES VV 337

 

 

 

 

En plus d’être graveur, Sébastien LeClerc était également géomètre. En 1672, il fut d’ailleurs nommé professeur en géométrie et en perspective, emploi qu’il exerça pendant trente ans avec un grand succès. Ayant déjà acquis une certaine réputation, Sébastien Le Clerc dispense dans cet ouvrage des préceptes utiles aux artistes en matière de perspective aérienne.

Mais son propos ne se résume pas à une simple démonstration technique. Dans cet opuscule, il combat quelques-uns des principes de Descartes, et donne son avis sur une controverse artistique alors en vogue : les peintres ne pourraient par le moyen d’un seul point de vue arriver à leur but qui est d’imiter la nature. En effet, selon lui, l’art de la perspective n’admettant qu’un point pour représenter les deux yeux, les règles qui la régissent ne peuvent permettre au peintre de traduire son intention, celle de représenter la nature telle qu’il la voit avec ses deux yeux.

Pour Descartes, au contraire, « Suivant les règles de la perspective, elles [les gravures] représentent mieux des cercles par des ovales que par d’autres cercles ; et des carrés par des losanges que par d’autres carrés ; (…) en sorte que souvent, pour être plus parfaite en qualité d’images, et représenter mieux un objet, elles doivent ne pas lui ressembler ».

L’artiste n’est plus seulement artisan, il devient homme de science et théoricien, et prend pleinement sa place dans le débat d’idées, qui préfigure déjà d’une certaine manière le siècle des Lumières.

 

 

Sébastien LE CLERC

Pratique de la Géometrie sur le papier et sur le terrain.

Paris : J. Jombert, 1682

In-octavo de (VIII)-196 pp. : Planches en face de chaque page de texte

Frontispice. Reliure ancienne en veau

Fonds anciens et précieux : RES PP 404

 

 

 

 

Là encore, il s’agit d’un ouvrage technique, mais qui s’adresse à un public assez large. En effet, Le Clerc (1637-1714) le rédigea à l'intention de tous les corps de métiers qui utilisaient le dessin. Il y expose les grands principes de la géométrie, faisant de son ouvrage avant tout un traité pratique destiné à l'usage. Ce traité de géométrie eut une influence importante en son temps, sans doute car il a fait de son livre un véritable support pédagogique.

Organisé en trois chapitres (définitions, axiomes et pétitions), il adjoint au propos l’image, toujours en belle page, dans un but à la fois didactique et mnémotechnique. Ainsi, on y trouve 83 ravissants hors-texte tous dessinés et gravés par Sébastien Le Clerc, dont le contenu technique est placé dans de très fins paysages avec personnages, tous différents. Alliant habilement l’utile à l’agréable, les figures de géométrie sont présentées parmi des décors d'architecture, des paysages bucoliques, des scènes champêtres.

   

 

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