Non loin des ruines de l’église paroissiale Saint-Livier (XIIIe-XVIe siècles) et face à l’ancienne abbaye bénédictine Saint-Clément, la médiathèque du Pontiffroy, emblématique d’une rupture de style architectural résolue, est née dans les années 1970 de la rénovation d’un quartier de Metz longtemps champêtre. Ouvert en 1977, le bâtiment réunit depuis lors sous un même toit les manuscrits médiévaux, les incunables et les nouveaux supports que propose la technologie la plus récente.
Une institution bicentenaire
Une meilleure protection des collections et le confort offert à des usagers beaucoup plus nombreux qu’autrefois atténuent les regrets qu’a pu faire naître l’abandon inévitable d’un bâtiment historique majestueux mais trop exigu, dans le cœur même de la cité.
La
bibliothèque municipale était en effet installée depuis
1803 dans l’ancienne chapelle des Carmes déchaux construite
dans le dernier tiers du XVIIe siècle. A la Révolution, ces
locaux abritèrent l’Ecole centrale de la Moselle, avant de
recevoir les collections issues des mesures de confiscation prises par la
Convention. Quelque 60 000 volumes furent alors rassemblés, provenant
du puissant chapitre cathédral, lequel détenait le plus bel
ensemble de manuscrits ; de la collégiale Saint-Sauveur, des quatre
abbayes masculines (Saint-Arnould, Saint-Clément, Saint-Symphorien
et Saint-Vincent). Ajoutons, parmi les établissements détenteurs
d’ouvrages, l’abbaye de femmes Sainte-Glossinde, ainsi que la
maison des Jésuites, des Célestins, Dominicains, grands et
petits Carmes, Trinitaires, Récollets, prêtres de la Mission,
etc. On y joignit également les livres ayant appartenu à différentes
bibliothèques ecclésiastiques des environs de Metz, ainsi
que les collections de plusieurs institutions d’Ancien régime,
telles que l’ordre des avocats au parlement de Metz ou la Société
royale des arts et des sciences.
Cet ensemble considérable, confié cependant à la garde de bibliothécaires improvisés, fut rapidement amputé de ses plus belles pièces. L’humidité, la poussière et les rongeurs détruisirent une partie encore de ce que le vandalisme et l’indifférence avaient épargné. Dès lors, la bibliothèque de la ville, créée en 1803, ouvrit ses portes huit ans plus tard (novembre 1811) en offrant 25 000 volumes seulement à la curiosité de ses premiers lecteurs.
Les enrichissements du XIXe siècle…
Tout au long du XIXe siècle, les collections s’accrurent de façon régulière en raison des achats effectués, mais plus encore grâce à des dons émanant notamment de l’Etat, ainsi que des legs, parfois très importants, si bien que le fonds initial se trouva multiplié par deux vers 1880. Parmi les donateurs les plus remarquables, il convient de citer le baron Louis Numa de Salis, lequel laissa à la ville 124 manuscrits, une vingtaine d’incunables, une collection de parchemins médiévaux, mais aussi plusieurs milliers d’éditions anciennes, de gravures, de dessins.
…et les destructions de la guerre
Enrichies d’un côté, les collections de la bibliothèque de Metz subirent aussi de graves pertes durant la dernière guerre. En effet, un incendie se déclara dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1944 et affecta deux des trois casemates du fort Saint-Quentin, sur les hauteurs de la ville, où les documents les plus précieux avaient été entreposés. A l’occasion du sinistre, disparurent quarante pour cent des manuscrits (588 sur un total de 1 475 inventoriés dans le Catalogue général de 1879 et son supplément de 1933). De même, sur quelque 614 volumes d’incunables (représentant 781 unités bibliographiques), on déplora la perte de 165 d’entre eux, soit vingt-sept pour cent de l’ensemble.
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